| date de
dernière mise à jour :19 décembre 2007 |
Les marqueurs tumoraux :
Les réponses aux questions que vous pouvez vous poser
D.Bellet, A.Pecking
Les marqueurs tumoraux : qu'est-ce que c'est ?
Les marqueurs tumoraux sont des substances (protéines) qui sont produites
principalement par les cellules cancéreuses et que l'on retrouve dans le sang.
La quantité de marqueurs présente dans la circulation sanguine reflète souvent
le nombre de cellules cancéreuses présentes dans la tumeur ou le nombre de
cellules cancéreuses qui se sont disséminées à distance de la tumeur pour former
des métastases.
En mesurant la quantité d’un marqueur tumoral ou de plusieurs marqueurs tumoraux
présents dans le sang, on peut estimer le nombre de cellules cancéreuses
présentes dans l'organisme. De fait, les marqueurs tumoraux les plus sensibles
sont capables de détecter des tumeurs contenant environ 100 000 cellules
cancéreuses. Ce nombre de cellules paraît élevé. Pourtant, on considère que pour
se propager à distance et former des métastases, une tumeur doit contenir 100
fois plus de cellules cancéreuses soit environ un million de cellules tumorales.
Ainsi, le dosage des marqueurs tumoraux dans le sang est une des techniques les
plus sensibles pour détecter la présence de petites tumeurs ou suivre leur
évolution au cours du traitement avant qu'elles n’acquièrent la capacité de
former des métastases. Par comparaison, les techniques d'imagerie médicale
permettent de détecter au mieux une tumeur de la taille d'une tête d'épingle qui
contient déjà 10 millions de cellules tumorales alors qu'un clinicien ne peut
détecter par la palpation que des tumeurs superficielles qui ont environ la
taille d'une noisette et contiennent déjà un milliard de cellules tumorales.
Seul, le pathologiste peut détecter une seule cellule tumorale qui sera visible
sous son microscope. (Figure 1).

Figure1 : comparaison de la sensibilité des différentes méthodes pour détecter
la présence de cellules cancéreuses.
Les marqueurs tumoraux sont-ils utiles pour le dépistage de cancer ?
Le dépistage d'un cancer consiste à détecter celui-ci avant l'apparition de tout
signe clinique. On sait aujourd'hui que seuls quatre marqueurs tumoraux peuvent
être utiles pour dépister des cancers.
Un de ces marqueurs est la calcitonine (CT) pour la détection précoce des
cancers médullaires de la thyroïde (une forme rare de cancer thyroïdien) dans
les familles à risque. Ce marqueur est capable de détecter un cancer de moins de
1 mm de diamètre près de 20 ans avant l'apparition de signes cliniques par
exemple chez un adolescent dont l'un des parents a déjà un cancer médullaire de
la thyroïde. Les trois autres marqueurs utilisés pour le dépistage sont
l'hormone chorionique gonadotrope (hCG) et sa sous unité béta libre (hCGβ) pour
le dépistage des cancers du placenta chez les femmes à risque et l'alphafoetoprotéine
pour le dépistage des cancers du foie chez des sujets à risque (malades avec une
hépatite B ou C ou avec une cirrhose du foie).
Les avis divergent encore sur l'intérêt d' un cinquième marqueur, le PSA, pour
le dépistage des cancers de la prostate.
Les marqueurs tumoraux sont-ils utiles pour la détection précoce des cancers ?
La détection précoce des cancers consiste à reconnaître la présence d'un cancer
dès que se manifestent des premiers signes cliniques. Les mêmes marqueurs
précédemment utilisés pour le dépistage peuvent être également utilisés pour la
détection précoce des cancers. Le meilleur exemple est la détection précoce des
cancers du testicule, un cancer relativement fréquent chez l'homme jeune.
Lorsqu'il y a un premier signe clinique (souvent une augmentation de volume du
testicule), les dosages d’hCG, d’hCGβ, d’AFP et de LDH permettent de faire le
diagnostic de cancer du testicule. L'utilisation de ces marqueurs pour le
diagnostic précoce de ces cancers et la découverte de traitements efficaces
permettent aujourd'hui de guérir un grand nombre de malades avec un cancer du
testicule.
À quoi servent la plupart des marqueurs tumoraux ?
La plupart des marqueurs tumoraux sont surtout utiles pour la surveillance des
patients avec un cancer au cours du traitement et après celui-ci.
Au cours du traitement, le dosage des marqueurs est un des éléments qui va
permettre au médecin de suivre la réponse à un traitement et d'ajuster celui-ci
au cas de chaque malade. Au début du traitement, le dosage d'un ou de plusieurs
marqueurs va aider le médecin à établir ou à préciser son diagnostic. Il
interprétera le résultat des dosages de marqueurs biologiques en fonction de son
examen clinique et des résultats d'autres examens biologiques ou radiologiques
tels que la radiographie, le scanner, la résonance magnétique nucléaire ou le
TEP-scan.
Au cours du traitement, l'évolution du taux des marqueurs va permettre au
médecin de mieux adapter son traitement. Si un traitement est efficace, le taux
d'un marqueur doit progressivement baisser. À l'inverse, si le traitement n'est
pas suffisamment efficace ou s'il y a une nouvelle progression de la maladie, le
taux du marqueur pourra s'élever.
A l'arrêt du traitement, le dosage des marqueurs va permettre de vérifier que la
maladie est contrôlée, stabilisée ou éradiquée.
Les marqueurs tumoraux sont-ils présents uniquement en cas de cancer ?
Si les marqueurs tumoraux sont produits principalement par les cellules
cancéreuses, tous les marqueurs, sans aucune exception, peuvent être également
produits par certaines cellules non cancéreuses. De ce fait, de nombreux
marqueurs sont détectables dans le sang en l'absence de tout cancer.
Généralement, la production de marqueurs tumoraux par des cellules non
cancéreuses est faible et, en l’absence de cancer, les taux de marqueurs
observés dans le sang sont peu élevés. Cependant, dans le cas de certaines
pathologies non cancéreuses, la production de marqueurs tumoraux par des
cellules non cancéreuses peut devenir plus importante et les taux de marqueurs
observés dans le sang, toujours en l’absence de cancer, sont alors plus élevés.
Par exemple, malgré leur nom CA (antigène de cancer) très évocateur de cancer,
les marqueurs tumoraux tels que le CA15-3, marqueur utilisé pour la surveillance
des cancers du sein, le CA125, marqueur utilisé pour la surveillance des cancers
de l'ovaire ou le CA19-9, marqueur utilisé pour la surveillance des cancers du
pancréas, peuvent être tous retrouvés en quantité élevée et parfois très élevée
dans le sang en l'absence de cancer. Cette élévation est alors due à une autre
maladie non cancéreuse (maladie bénigne par opposition à une maladie cancéreuse
dite maladie maligne). La cause la plus fréquente d'une élévation d'un marqueur
tumoral en l'absence de cancer est une cause infectieuse ou inflammatoire. Toute
infection ou toute inflammation, par exemple dans les poumons ou dans l'abdomen,
peut provoquer l'élévation du taux d'un marqueur tumoral dans le sang.
Une autre cause fréquente d'élévation d'un marqueur tumoral en l'absence de
cancer est la forte prolifération d'un tissu. Par exemple, le PSA peut se
retrouver en quantité relativement élevée dans le sang lorsque les cellules de
la prostate se multiplient de façon importante alors que ces cellules ne sont
pas cancéreuses .Dans ce cas, le volume de la prostate augmente du fait de cette
prolifération bénigne (hyperplasie).
En fait, la plupart des marqueurs tumoraux sont également produits en très
faible quantité par les cellules normales et des taux peu élevés de ces
marqueurs peuvent donc être retrouvés chez des hommes et chez des femmes en
l'absence de toute maladie. Par exemple, l’ACE (antigène carcinoembryonnaire)
qui est utilisé pour la surveillance des cancers du colon et des cancers du sein
est retrouvé à des taux supérieurs aux valeurs usuelles chez 2 % des sujets
sains et chez 14 % des gros fumeurs. En pratique, un taux d'un marqueur
biologique supérieur aux valeurs usuelles (celles qui sont souvent indiquées sur
la feuille de résultats) n'indique pas forcément la présence de cellules
cancéreuses.
Quels sont les marqueurs tumoraux les plus fréquemment recherchés et pour quels
cancers ?
La figure 2 présente les marqueurs tumoraux les plus fréquemment demandés par
les médecins et le type de cancer pour lequel un marqueur est souvent prescrit.
À nouveau, il faut souligner que la plupart des marqueurs sont plus utiles pour
la surveillance d'un cancer que pour son dépistage ou pour sa détection précoce.
On remarquera sur cette figure qu'un même marqueur peut être produit par des
cellules tumorales d'origines différentes. Par exemple, l’AFP est un marqueur
qui peut être produit par un cancer du foie ou par un cancer du testicule! De
plus, un même organe, par exemple la prostate, possède des cellules différentes
qui peuvent sécréter dans le sang des marqueurs différents tels que le PSA ou la
chromogranine A (CGA).

Figure 2: les principaux marqueurs tumoraux et les organes qui les produisent
(d’après M.F Pichon et coll).
Les marqueurs tumoraux indiquent-ils l’origine du cancer ?
Lorsque l'origine d'un cancer n'est pas déterminée, ce qui n'est pas rare, le
dosage de plusieurs marqueurs tumoraux peut effectivement aider le médecin à
déterminer l'origine du cancer. Les résultats de ces dosages seront alors
interprétés en fonction de l'examen clinique et des résultats de l'imagerie
médicale. En effet, un même marqueur tumoral peut être produit par des cellules
cancéreuses d'origines différentes. Par exemple, le taux de CA 15-3, marqueur
des cancers du sein, peut également être élevé en cas de cancer de l'ovaire
alors que le taux de CA 125, marqueur des cancers de l'ovaire peut s'élever en
cas de cancer du sein!
Comment mesure-t-on les taux des marqueurs tumoraux ?
Pour doser les marqueurs tumoraux, il faut d'abord faire une prise de sang

Ce sang contient des cellules (globules rouges, globules blancs ...) qui «
flottent » dans un liquide appelé sérum. En centrifugeant le sang, on récupère
le sérum qui contient les marqueurs tumoraux (Figure 4). Pour doser les
marqueurs, le laboratoire effectue le plus souvent une technique dite « sandwich
». En effet, un premier réactif « capture » le marqueur dans le sérum alors
qu'un second réactif permet de mesurer la quantité de marqueur capturé. Ainsi,
le marqueur est pris en « sandwich » entre le réactif de capture et le réactif
de mesure.

Figure 4: principe des dosages de marqueurs tumoraux.
Pourquoi faut-il faire toujours doser les marqueurs tumoraux dans le même
laboratoire ?
Il faut effectivement faire toujours doser les marqueurs tumoraux dans le même
laboratoire. En effet, les laboratoires d'analyses biologiques n'utilisent pas
tous les mêmes réactifs de capture et de mesure. De ce fait, le résultat du
dosage de marqueur effectué sur le même échantillon de sang peut être légèrement
différent d'un laboratoire à l'autre. Chez un malade dont le taux de marqueur
est stable, le simple fait de doser un marqueur dans deux laboratoires
différents peut faire légèrement fluctuer le taux et conduire le médecin à faire
une interprétation erronée de cette fluctuation. C'est pourquoi votre médecin
demande que les dosages de marqueur soient toujours faits dans le même
laboratoire (Figures 5 à 8).
Figure 5 : saisie et contrôle des demandes de dosages de marqueurs.

Figure 6 : distribution des réactifs pour doser les marqueurs.

Figure 7 : préparation des échantillons de sérum avec un automate.

Figure 7 B: Réalisation des dosages par un automate capable de doser plusieurs
marqueurs en quelques minutes.

Figure 8 : Réalisation des dosages par un automate capable de doser un marqueur
en comptant la radioactivité d’un réactif de mesure (voir figure 4).

Le taux d'un marqueur tumoral augmente juste après une chimiothérapie.
Est-ce alarmant ?
Après une chimiothérapie qui doit diminuer le nombre des cellules cancéreuses,
on s'attend effectivement à ce que le taux du marqueur tumoral baisse (moins il
y a de cellules cancéreuses et moins le taux de marqueur tumoral est élevé). En
fait, il n'est pas rare que, juste après le début d'une chimiothérapie, le taux
du marqueur s'élève. En effet, la chimiothérapie détruit un grand nombre de
cellules tumorales. Celles-ci libèrent immédiatement dans le sang une forte
quantité de marqueur, ce qui explique une élévation transitoire du taux de
marqueur. Après cette élévation transitoire, le taux du marqueur devrait ensuite
baisser progressivement.
Est-il vrai que le taux d'un marqueur peut fluctuer indépendamment de
l'évolution d'un cancer ?
Le taux d'un marqueur peut effectivement fluctuer indépendamment de l'évolution
d'un cancer. En dehors des fluctuations causées par un changement de
laboratoire, de nombreuses pathologies non cancéreuses, et notamment une
infection ou une inflammation, peuvent modifier le taux d'un marqueur
indépendamment de l'évolution de la maladie cancéreuse. Ceci souligne à nouveau
que le résultat d'un dosage de marqueur doit être interprété par un médecin.
Celui-ci l'interprète en fonction de l'examen clinique et d'autres résultats
d'examens biologiques ou radiologiques.


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