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Date de mise à jour : 22 mars 2007

 
LA PAGE DU MOIS
Mars 2007

Guérison ou survie?

 

"On guérit aujourd'hui plus d'un cancer sur deux", tel était  le titre des articles parus dans la grande presse il y a un mois
à la suite de la présentation le 27 février dernier de l'étude française sur la survie des patients atteints de cancer , pendant
la période 1989-1997. Explicitant cette assertion,il était dit que "la survie relative à 5 ans,tous cancers confondus,est de 52%".

Il semble utile de tenter de mieux comprendre la portée de ces deux termes " guérison et survie"car le patient traité d'un
cancer est certes heureux de "survivre" mais il veut surtout savoir s'il va "guérir".

Avant d'étudier en détail ce que représente cette survie relative de 52%, il nous semble utile de se pencher sur la notion de
guérison, sur ce qu'elle implique pour le patient .

Les patients doivent, tout d'abord, admettre que la guérison d'une maladie n'est jamais le retour a l'état antérieur car toute
agression laisse des séquelles, le traitement en particulier,dont la iatrogénie c'est à dire les effets néfastes sont générale-
ment inévitables.

En principe,la guérison devrait être un retour aux normes antérieures, mais en réalité il y a pratiquement toujours des séquelles et "après ne peut être comme avant".Avec Georges CANGUILHEM nous pouvons admettre que la guérison est la reconquête d'un état de stabilité des normes physiologiques; ainsi "guérir c'est se donner de nouvelles normes de vie,
parfois supérieures aux anciennes"mais jamais identiques.                               

Quelle réponse peut-on donner aux patients qui demandent s'ils sont guéris ou s'il vont guérir?

La réponse est du même ordre que celle que donnerait un assureur au passager d'un voyage aérien, ce serait celle qui
correspondrait au risque calculé par les actuaires, elle serait probabiliste, l'espérance d'arriver "en bon port"pouvant
être établie en fonction des divers facteurs connus. L'espérance de survie des patients peut être calculée si l'on a une
population similaire suffisante.
La guérison est probabiliste en ce sens que l'on admettra comme guéris les patients
faisant partie d'un groupe ayant un risque d'échec identique, ayant donc la même "espérance de vie".

Le premier facteur à définir  est donc l'espérance de vie moyenne pour chaque âge de la vie d'un Français:

   

 

1990  HOMME 2006

1990 FEMME 2006

à la naissance

   72,7 ans          77,2 ans

81,  ans       84,1 ans
à   20 ans

+ 52,1   "           + 57,8

+ 59,9          64,6
       25  "      + 41,6 + 55             
       30          + 42,9 + 50,2          
       35          + 38,3 + 45,4          
       40          + 33,7 + 40,6          
      45         + 29,3 + 35,9          
      50         + 25,1 + 31,3          
       55          + 21,2 + 26,9          
      60         + 17,6                + 21,8 + 22,6         +26,7 
      65         + 14,2 + 18,4          
       70        + 11,1 + 14,4          
       75        +    8,3 + 10,8         

Ce tableau comparatif permet de concevoir la nature du problème de la guérison, quand nous traitons un(e) patient(e) de
60 ans, âge de plus grande fréquence de beaucoup de cancers, nous ne pouvons dire qu'il (elle) est guéri(e) que si son
espérance de vie est de 21 ou 26 ans, pour autant d'ailleurs qu'il n'y ait un autre facteur de risque. Dans l'absolu, ce
problème est insoluble car il aurait fallu traiter une population identique à notre malade il y a plus de 20 ans,alors que les
thérapeutiques ont considérablement évolué pendant ce temps et qu'en conséquence il n'y a aucune comparaison possible.

La seule approche satisfaisante de la notion de guérison est donc "négative", par étude du risque d'échec,admettant que la guérison est obtenue quand la probabilité d'échec est suffisamment basse et du même ordre que les risques autres que l'échec du traitement du cancer.

Il s'avère donc que la seule possibilité de pouvoir classer notre patient est de déterminer à quelle sous-classe de tumeur il
(ou elle) appartient, cette classification réside dans la définition des "facteurs de pronostic" et de la "stratégie thérapeutique".

Si l'on veut être capable de répondre d'une façon cohérente au patient qui demande "quelle est sa chance de guérir" il faut donc penser non seulement en termes de thérapeutique, mais aussi, dès la première minute, agir en fonction du recueil
indispensable des facteurs de pronostic (biologiques,histologiques en particulier),sachant que tout acte thérapeutique est
susceptible de modifier un élément du bilan. Sauf exception, le traitement d'un cancer n'est pas une urgence, mais bien la
mission d'une équipe qui devra non seulement traiter la maladie mais aussi évaluer le risque d'échec en classant chaque
patient dans un groupe aussi cohérent que possible, et aussi nombreux que possible pour permettre l'évaluation statistique
donc une réponse au patient aussi proche que possible de la vérité.

Selon le type de cancer, la courbe de mortalité  va devenir parallèle à celle de la population générale après un délai variable, de 5, de 7, 10 ou 15 ans; ce qui veut dire que la plupart des cancers pourront être considérés comme guéris, si aucun signe de récidive ou de métastase ne peut être décelé, après 5, 7, 10 ou 15 ANS en fonction des caractéristiques du cancer et du malade.

L'étude que nous avons signalée au début de cette page donne les résultats de la "survie relative à 5 ans"

Il est impossible d'affecter à tel ou tel cancer une "courbe de mortalité" à 5, 7 ou 10 ans car, pour prendre le cas du cancer
du sein en exemple, en fonction de la classe pronostique (taille,nombre de ganglions,histo-pronostic,éléments génétiques
hormono-dépendance..etc) le parallélisme avec la courbe de survie de la population générale pourra varier entre 5 et 15 ans.
La réponse à la question de la guérison ne pourra donc qu'être nuancée mais si l'on a défini aussi parfaitement que possible
les facteurs de pronostic, donc la courbe d'espérance de vie de la patiente on éliminera la notion de sursis("syndrome de Damoclès"), contribuant ainsi à la guérison psychique.

Signalons enfin que "tous cancers confondus" implique que si certains cancers ont une survie relative à 5 ans de 95 %,
d'autres n'en ont que 5%; par ailleurs, alors que l'incidence du cancer du sein a doublé depuis 20 ans,la mortalité due
à ce cancer est stable ,en revanche, le cancer bronchique,toujours difficile à traiter, fait de plus en plus de ravages avec une augmentation notable chez les femmes ( augmentation de 6% par an alors que l'incidence amorce une régression chez
l'homme).
 

Docteur Jean GEST

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