Avant d'étudier en détail ce que
représente cette survie relative de 52%, il nous semble utile de se
pencher sur la notion de
guérison, sur ce qu'elle implique pour le patient .
Les patients doivent, tout d'abord,
admettre que la guérison d'une maladie n'est jamais le retour a l'état
antérieur car toute
agression laisse des séquelles, le traitement en particulier,dont la
iatrogénie c'est à dire les effets néfastes sont générale-
ment inévitables.
En principe,la guérison devrait
être un retour aux normes antérieures, mais en réalité il y a
pratiquement toujours des séquelles et "après ne peut être comme
avant".Avec Georges CANGUILHEM nous pouvons admettre que la guérison est
la reconquête d'un état de stabilité des normes physiologiques; ainsi
"guérir c'est se donner de nouvelles normes de vie,
parfois supérieures aux anciennes"mais jamais identiques.
Quelle réponse peut-on donner aux
patients qui demandent s'ils sont guéris ou s'il vont guérir?
La réponse est du même ordre que
celle que donnerait un assureur au passager d'un voyage aérien, ce
serait celle qui
correspondrait au risque calculé par les actuaires, elle serait
probabiliste, l'espérance d'arriver "en bon port"pouvant
être établie en fonction des divers facteurs connus. L'espérance de
survie des patients peut être calculée si l'on a une
population similaire suffisante.
La guérison est probabiliste
en ce sens que l'on
admettra comme guéris les patients
faisant partie d'un groupe ayant un risque d'échec identique, ayant donc
la même "espérance de vie".
Le premier facteur à définir
est donc l'espérance de vie moyenne pour chaque âge de la vie d'un
Français:
| |
1990 HOMME 2006 |
1990 FEMME 2006 |
| à la naissance |
72,7 ans
77,2 ans |
81, ans
84,1 ans |
| à 20 ans |
+ 52,1
" +
57,8 |
+ 59,9
64,6 |
| 25 "
|
+ 41,6 |
+ 55
|
| 30
|
+ 42,9 |
+ 50,2
|
| 35
|
+ 38,3 |
+ 45,4
|
| 40
|
+ 33,7 |
+ 40,6
|
| 45
|
+ 29,3 |
+ 35,9
|
| 50
|
+ 25,1 |
+ 31,3
|
| 55
|
+ 21,2 |
+ 26,9
|
| 60
|
+ 17,6
+ 21,8 |
+ 22,6
+26,7 |
| 65
|
+ 14,2 |
+ 18,4
|
|
70 |
+ 11,1 |
+ 14,4
|
|
75 |
+ 8,3 |
+ 10,8
|
Ce tableau comparatif permet de
concevoir la nature du problème de la guérison, quand nous traitons
un(e) patient(e) de
60 ans, âge de plus grande fréquence de beaucoup de cancers, nous ne
pouvons dire qu'il (elle) est guéri(e) que si son
espérance de vie est de 21 ou 26 ans, pour autant d'ailleurs qu'il
n'y ait un autre facteur de risque. Dans l'absolu, ce
problème est insoluble car il aurait fallu traiter une population
identique à notre malade il y a plus de 20 ans,alors que les
thérapeutiques ont considérablement évolué pendant ce temps et qu'en
conséquence il n'y a aucune comparaison possible.
La seule approche satisfaisante de
la notion de guérison est donc "négative", par étude du risque
d'échec,admettant que la guérison est obtenue quand la probabilité
d'échec est suffisamment basse et du même ordre que les risques autres
que l'échec du traitement du cancer.
Il s'avère donc que la seule
possibilité de pouvoir classer notre patient est de déterminer à quelle
sous-classe de tumeur il
(ou elle) appartient, cette classification réside dans la définition des
"facteurs de pronostic" et de la "stratégie
thérapeutique".
Si l'on veut être capable de
répondre d'une façon cohérente au patient qui demande "quelle est sa
chance de guérir" il faut donc penser non seulement en termes de
thérapeutique, mais aussi, dès la première minute, agir en fonction du
recueil
indispensable des facteurs de pronostic (biologiques,histologiques en
particulier),sachant que tout acte thérapeutique est
susceptible de modifier un élément du bilan. Sauf exception, le
traitement d'un cancer n'est pas une urgence, mais bien la
mission d'une équipe qui devra non seulement traiter la maladie mais
aussi évaluer le risque d'échec en classant chaque
patient dans un groupe aussi cohérent que possible, et aussi nombreux
que possible pour permettre l'évaluation statistique
donc une réponse au patient aussi proche que possible de la vérité.
Selon le type de
cancer, la courbe de
mortalité va devenir parallèle à celle de la population générale
après un délai variable, de 5, de 7, 10 ou 15 ans; ce qui veut dire que
la plupart des cancers pourront être considérés comme guéris, si aucun
signe de récidive ou de métastase ne peut être décelé, après 5, 7, 10 ou
15 ANS en fonction des caractéristiques du cancer et du malade.
L'étude que nous avons signalée au
début de cette page donne les résultats de la "survie relative à 5 ans"
Il est impossible d'affecter à tel ou tel
cancer une "courbe de mortalité" à 5, 7 ou 10 ans car, pour prendre le
cas du cancer
du sein en exemple, en fonction de la classe pronostique (taille,nombre
de ganglions,histo-pronostic,éléments génétiques
hormono-dépendance..etc) le parallélisme avec la courbe de survie de la
population générale pourra varier entre 5 et 15 ans.
La réponse à la question de la guérison ne pourra donc qu'être nuancée
mais si l'on a défini aussi parfaitement que possible
les facteurs de pronostic, donc la courbe d'espérance de vie de la
patiente on éliminera la notion de sursis("syndrome de Damoclès"),
contribuant ainsi à la guérison psychique.
Signalons enfin que "tous cancers confondus"
implique que si certains cancers ont une survie relative à 5 ans de 95
%,
d'autres n'en ont que 5%; par ailleurs, alors que l'incidence du cancer
du sein a doublé depuis 20 ans,la mortalité due
à ce cancer est stable ,en revanche, le cancer bronchique,toujours
difficile à traiter, fait de plus en plus de ravages avec une
augmentation notable chez les femmes ( augmentation de 6% par an alors
que l'incidence amorce une régression chez
l'homme).
Docteur Jean GEST