La Faim dans le
Monde, le SIDA et le Cancer sont certes au premier plan de nos préoccupations car
il
s'agit de maladies
mortelles et que le remède à leur apporter n'est pas évident en ce début de
millénaire.
Autre sujet d'actualité : la campagne de prévention du cancer du sein,
elle est certes d'une importance
capitale, mais elle éveille des angoisses
généralement non fondées car rares sont les familles sans cancer.
Il nous semble utile de tenter de démystifier ce problème en exposant aussi simplement que
possible ce que
l'on doit entendre par "cancer
familial".
Disons tout d'abord
qu'il existe deux types de cancer du sein : le cancer héréditaire ou familial
et le cancer
dit
"sporadique" c'est à dire "frappant au hasard" sans notion de continuité
familiale.
Dans l'état actuel
de nos connaissances, le cancer "familial"représente 5% à 10% des cancers du
sein,
il s'agit
d'un cancer de la femme de moins de 50 ans, dont la mère, ou
la soeur, a présenté un cancer du sein
ou de l'ovaire
dans la même tranche de vie;
l'existence d'un cancer du sein à 80 ans chez la mère n'a, pour
l'instant,
aucune
signification pour sa descendance.
Le cancer du sein
que l'on appelle familial est celui auquel nos facteurs héréditaires du
patrimoine
génétique nous "condamnent", alors que l'on devrait admettre
que bien d'autres cancers sont "familiaux"
par transmission
non de gènes, mais d'habitudes familiales, pour autant que certains modes de
vie ne soient
pas à considérer comme
génétiques (obésité par exemple).
Deux gènes, isolés
en 1994 et 1995 le BRCA1 et le BRCA2 ont été identifiés comme statistiquement
associés à certains cancers du sein et de l'ovaire et depuis cette date ils ont fait leur
apparition dans la
grande presse, souvent
présentés comme des "marqueurs" du
cancer mammaire.
Ces gènes sont normalement présents
dans le génome humain, le premier
dans le chromosome 17 et le
second dans le chromosome 13; leur rôle est de
contrôler la régulation du cycle cellulaire et d'intervenir
dans la réparation de l'ADN
(avec le gène p53 dont la mutation lui donne un rôle
d'oncogène) quand une
séquence d'ADN a subi un dommage,(rappelons que de tels
dommages sont fréquents, qu'ils soient d'origine
chimique, hormonale, virale
ou autre .... radiations par exemple). Si l'un de ces gènes est "endommagé",
il ne
remplit plus sa fonction réparatrice.
La recherche génétique actuelle des
populations "à risque" de cancer du sein ou de l'ovaire consiste donc à
établir le "séquençage" des chaînes d'ADN pour mettre en évidence sur les chromosomes
incriminés
l'existence au niveau de l'une (ou les deux) des deux éléments de la paire de
chromosomes (ses deux allèles)
d'une altération pouvant entraîner dans la
descendance un risque accru ou chez le sujet l'existence d'un
chromosome
porteur de l'anomalie génique.
Les gènes BRCA se transmettent selon
le mode dit "autosomique dominant". Il suffit d'avoir un seul
exemplaire du gène muté pour être concerné par le risque accru de cancer du sein ou de
l'ovaire. Rappelons
que dans le mode de transmission dit "recessif" la
personne malade a reçu deux chromosomes porteurs de
l'anomalie génique, celui
de son
père et celui de sa mère. Pour objectiver ce processus, rappelons que
la
mucoviscidose (très médiatisée) est à transmission récessive et
autosomique; ce dernier terme signifiant qu'il
ne s'agit pas d'un chromosome
sexuel X ou Y, Récessive,
car la maladie se manifeste uniquement quand
la
personne possède deux gènes déficients.
Ce bref survol génétique permet de
comprendre non seulement la complexité du problème de l'hérédité
du cancer, mais aussi la rapide évolution dans la connaissance des mécanismes complexes
de la réparation
de l'ADN que nous agressons en permanence dans un environnement hostile
(tabac,drogues,alcool....),
c'est à dire dans une possible élimination des cellules "déviées".
Nous avons évoqué les gènes BRCA
( deux gènes parmi les 30 000 de notre patrimoine) d'autres protéines
sont à l' étude (hMSH....) et chaque jour apparaît une protéine permettant un complément
d'explication
telle EMSY qui
controlerait l'activité de BRCA2 dans ses
vertus réparatrices de l'ADN.
Ces notions visent à compléter celles
concernant les marqueurs tumoraux, protéines anormalement produites
par
des
gènes anormaux; au niveau génomique on ne recherche pas la protéine libérée dans
l'organisme,
mais on
étudie la constitution des gènes codant pour la
fabrication des protéines normales ou non.
Cette page que nous avons désirée
aussi compréhensible que possible nous démontre que dans l'état
actuel
des
choses,
nous commençons à comprendre quelques uns des mécanismes de la cancérogénèse,
mais aussi ceux
qui demain
interdiront au cancer de se développer; cet espoir ne sera que déception si
les
30000 gènes qui
constituent notre
patrimoine ne peuvent être analysés par manque de matériel et surtout
de
chercheurs compétents.
Jean GEST
| Dernière mise à jour le 15
décembre 2004 |
