Enveloppes
Lenveloppe externe de la prothèse est
responsable de la forme de la prothèse et réalise linterface entre hôte et
implant, toutefois de faibles quantités du produit de remplissage peuvent diffuser au
travers de cette enveloppe.
Structure de
lenveloppe
Les enveloppes sont fabriquées en structure sandwich par applications successives
de plusieurs couches délastomères de silicone sur un moule. Ces différentes
couches, sont en nombre variable dun fabricant et dun modèle à lautre,
peuvent être de structures chimiques différentes (barrière anti-suintement) et sont
réticulées à froid (RTV) ou à chaud (HTV) selon les modèles.
La dernière couche peut être laissée brute (prothèse lisse) ou subir un traitement de
surface afin dinduire une rugosité réputée limiter le phénomène de contraction
capsulaire (prothèse texturée). Quelques fabricants utilisent toujours un recouvrement
externe collé de Polyuréthanne dans le même but (Ashley 1979).
Toutes ces enveloppes sont fermées par une pastille docclusion (Patch) collée ou
soudée sur la base. Ce patch était initialement renforcé de pièces de Dacron afin de
fixer la prothèse en place, abandonnées depuis en raison des calcifications quelles
entraînaient.
Prothèse scellée ou gonflable
Les prothèses fournies prêtent à lemploi sont des prothèses scellées
dont le volume nest pas adaptable.
Les premières prothèses gonflables étaient remplies par un tuyau obstrué par un
bouchon source dulcération cutanée remplacé depuis par une valve incorporée
permettant le remplissage extemporané durant lintervention, celles-ci sont
essentiellement de type à Diaphragme (Valve Heyer-Schulte) sur le dôme, plus rarement à
bec de canard sur le patch. Certaines prothèses gonflables sont seulement provisoires
afin de distendre progressivement les téguments et comporte un site de gonflement
incorporé sur le dôme ou à distance utilisable en per-cutané, on parle alors
dexpandeur.
Certaines prothèses ont été imaginées à double compartiment, lun scellé
généralement en gel de silicone, lautre gonflable au sérum physiologique.
Forme
La forme de prothèse la plus utilisée est la forme ronde, en fait
hémisphérique, certains fabricants proposent des formes profilées ou dites anatomiques
adaptées à certains cas mais pouvant déformer le sein en cas de rotation de
limplant à lintérieur de la loge.
Volume
Les fabricants ont lhabitude de décliner leurs
références en volumes différents, mais il paraît plus judicieux de comparer un modèle
à lautre par leur base dimplantation et leur projection que par le volume
proprement dit.
Les prothèses gonflables ont comme avantage théorique un certain degré de variabilité
de remplissage, rejeté complètement par certains fabricants (voire la notice). Un
sous-remplissage en-deçà du volume préconisé induit plus fréquemment la formation de
vagues et augmente le risque de rupture de lenveloppe, un sur-remplissage au-delà
de ces limites favorise la formation dondulations périphériques de
léquateur de lenveloppe.
Produits de remplissage
Gel de silicone
Le Gel de silicone a été le premier produit de remplissage des prothèses
imaginé par Cronin en 1962. Il existe plusieurs types de gel, qui peuvent différer par
leur structure chimique et surtout physique (cohésivités différentes).
Le gel de silicone a été suspecté de pouvoir induire une augmentation de
lincidence de maladie auto-immune essentiellement de type Sclérodermie sans
quaucun groupe dexperts ne retrouve de lien de cause à effet tangible (Agence
Nationale dEvaluation Médicale, ANDEM F [1] Medical Device Agency, MDA GB
[2]).
Polyvinylpirolidone (PVP)
En 1965 Arion imagine la première prothèse gonflable utilisant la PVP,
abandonnée depuis.
Sérum physiologique
La solution de chlorure de sodium à 0,9 %
stérile de qualité injectable est apparue comme le produit de remplissage le plus anodin
en cas de rupture de lenveloppe et est actuellement le seul produit de remplissage
autorisé en France.
Hydrogels
Certains ont imaginé vers les années 1994 de créer
un gel à base hydrique par adjonction de méthyl-cellulose.
Huile de Soja
Lhuile de soja a été proposée avec, comme avantage essentiel, sa
radio-transparence. Elle na pas la structure dun gel.
Limites et inconvénients du
fait de la technique
Morbidité immédiate
La reconstruction mammaire par prothèse est une intervention
à morbidité faible. Le risque dhématome, de sepsis,
dexposition de limplant est inférieur à 1 %.
Cette technique ninduit pas de rançon cicatricielle, ni déventuelle
séquelle douloureuse en-dehors de laire mammaire.
Inconvénients
Les inconvénients, à moyen terme, sont dominés par les problèmes de
tolérance de limplant par lorganisme hôte, la décelabilité de la
prothèse, puis les phénomènes dusure de ce corps étranger.
Vagues
Le délai moyen dapparition de ce défaut est de 16 mois, identique
en reconstruction et symétrisation.
Le risque est trois fois plus important sur prothèse gonflable que sur prothèse en gel
de silicone, quasiment double sur prothèses texturées par rapport aux prothèses lisses.
Ainsi, le risque de vagues est supérieur à 10 % sur prothèse gonflable texturée.
Coques contractiles
Le délai dapparition moyen dune coque contractile gênante (Baker III
et IV) est inférieur à 1 an.
Le risque est deux fois plus important sur prothèse lisse que sur prothèse texturée,
deux fois plus important sur prothèse en gel de silicone par rapport aux prothèses
lisses. A noter le taux très élevé de coque contractile retardée sur prothèse
recouverte de polyuréthanne.
La radiothérapie préalable à la reconstruction ninterfère pas sur le risque de
coque, alors que la radiothérapie sur prothèse double le risque. Le risque de coque est
trois fois moindre en symétrisation.
Le risque de coque contractile sur prothèse gonflable texturée est de 5 %.
Dégonflements et ruptures
Lincidence annuelle de dégonflement dune prothèse gonflable est de
3,5 % (délai moyen 41 mois). Le risque de dégonflement est augmenté en cas de
sous-remplissage de limplant.
Le risque de rupture dune prothèse pré-remplie de gel de silicone est de
0,3 % (délai moyen supérieur à 6 ans).
Limites de la technique
Les résultats dune
reconstruction mammaire par prothèse sont également fonction des séquelles induites par
le geste dexérèse et la radiothérapie pariétale éventuelle.
Le site dimplantation est quasiment exclusivement rétro-musculaire. La contraction
pectorale peut entraîner une déformation du sein reconstruit avec parfois fossette
pectorale inféro-interne.
La reconstruction du sein par prothèse nest satisfaisante que si un sillon
sous-mammaire a pu être bien défini.
A noter la difficulté dobtenir un galbe parfaitement satisfaisant en
inféro-externe et la non correction de la dépression axillaire due au curage par une
prothèse.
On peut observer comme autres défauts, la fixité de la forme du sein en position
couchée, une limitation interne trop nette de la prothèse produisant un aspect de marche
descalier interne chez les patientes maigres, une certaine tendance à la poussée
externe de la prothèse due à la contraction pectorale, plus exceptionnellement le risque
de migration secondaire de l'implant en sous-claviculaire.
Limites et inconvénients
selon le type de prothèse
Selon le type d'enveloppe
Les enveloppes lisses sont plus susceptibles d'entraîner un
phénomène de coque contractile que les implants texturées, au moins pour les implants
pré-remplis de gel de silicone[3, 4].
A l'inverse le phénomène de vagues décelables semble plus fréquent, sous des
téguments fins avec les prothèses gonflables texturées.
Certaines patientes peuvent décrire des phénomènes sensitifs à type de dysesthésies
profondes sur prothèse texturée.
La texturation externe de type positif entraîne une lymphorrée péri-prothétique
susceptible de surinfection secondaire par voie lymphatique. En cas d'infection dun
implant recouvert de polyuréthanne, l'ablation totale de la mousse de polyuréthanne est
indispensable pour supprimer les phénomènes infectieux locaux. Le risque d'induction de
cancer hépatique par la dégradation du polyuréthanne a été levé par la Federal Drug
Administration américaine [5].
Selon la forme de la
prothèse
La périphérie de l'implant est plus détectable sous des
téguments fins en cas de plus grande projection antérieure (profil haut). De même un
sur-remplissage excessif d'un implant au sérum physiologique peut provoquer des
ondulations de la périphérie de l'implant.
Une rotation secondaire de l'implant de forme anatomique est susceptible d'entraîner une
déviation de laxe du sein.
Selon le mode de remplissage
Aucune étude ne permet de mettre en cause le dysfonctionnement
de la valve dans la très grande majorité des cas de dégonflement secondaire, même si
une pénétration de l'orifice externe de la valve a été observée dans certains cas, et
plus particulièrement en cas de texturation négative, de type rétentif. La valve
antérieure à diaphragme est parfois palpable pouvant faire craindre une récidive
locale.
Le risque de dégonflement secondaire est plus important en cas de sous-remplissage de la
prothèse [6].
Quelques cas d'inflation secondaire de ces implants gonflables ont été publiés ;
l'adjonction de substances osmotiques au liquide de remplissage (corticoïdes et/ou
antibiotiques) pourrait être suspectée d'un tel effet.
Quelques cas de contamination par aspergillose du sérum physiologique ont été publiés.
Selon le produit de
remplissage
Les implants remplis de sérum physiologique ont une
consistance plus liquidienne que le sein normal, avec risque plus important de vagues
visibles. Le risque de rupture secondaire de l'implant est 10 fois plus important sur ce
type de prothèse qu'avec prothèse pré-remplie de gel de silicone, du fait de l'absence
de caractère lubrifiant du sérum vis à vis de l'enveloppe [7]. En cas de rupture
d'implant d'un tel type, la perte de volume est en général très rapide en quelques
heures.
Les implants pré-remplis de gel de silicone, peuvent laisser transpirer de petites
quantités de gel au travers d'une enveloppe intacte, sans effet notable constaté. Cette
perspiration était conséquente pour certaines générations d'implants anciens
(Prothèses mammaires dites de seconde génération à enveloppe fine, gel très liquide,
fabriquées entre 1970-1982, période variable selon les fabricants). La rupture au stade
intra-capsulaire peut passer totalement inaperçue, le gel restant confiné au sein de la
capsule si elle n'est pas rompue. Elle est dépistable par mammographie numérisée. Il
parait souhaitable de proposer un changement d'implant en cas de rupture intra-capsulaire,
avant diffusion de voisinage avec risque de siliconome, d'où l'importance du suivi
indispensable.
Les inconvénients des autres produits de remplissages dits "innovants" sont
encore mal connus. Tous ces nouveaux produits n'ont pas la consistance ou simplement la
pérennité d'un gel. En cas de rupture secondaire d'un implant vieilli, les risques
généraux dus à la diffusion dans l'organisme, du produit de remplissage éventuellement
modifié par le temps, ne sont pas connus. Les seules publications de ruptures sur
implants d'hydrogel, font état d'un gonflement du sein par appel osmotique. Les implants
pré-remplis dhuile de soja ont été retirés du marché britannique du fait du
risque de saponification du produit de remplissage.
Evolutions dues à la
patiente
Dans près de 90 % des cas la reconstruction mammaire est unilatérale. En cas de
reconstruction par prothèse, le sein controlatéral nécessite une symétrisation par
mastopexie dans près de 60 % des cas, plus rarement, 5 %, par prothèse
daugmentation.
Il est évident de comprendre que lévolution ultérieure des deux seins sera
différente, fonction du vieillissement, des variations pondérales de la patiente,
dun éventuel cancer controlatéral
Evolution de la
reconstruction
Le volume reconstruit par prothèse est relativement fixe. Le
dégonflement partiel dune prothèse est très exceptionnel, et est souvent confondu
avec un laminage progressif du muscle pectoral recouvrant limplant et/ou une fonte
progressive de lépaisseur du tissu adipeux sous-cutané parfois un peu
irrégulière.
Evolution du sein
controlatéral
Le sein controlatéral subit le vieillissement dun sein
normal et ptôse progressivement, dautant plus rapidement sil est volumineux.
Ce sein controlatéral peut augmenter de volume en fonction des variations pondérales de
la patiente qui sont fréquentes sous hormonothérapie.
Au total lasymétrie progressive après reconstruction mammaire par prothèse est la
première cause de reprise (23 %) dans un délai moyen de quatre ans.
Enfin il existe un risque de cancer controlatéral nécessitant un traitement propre qui
retentira sur la symétrie.
Conclusion
La mise en place dune prothèse est le mode de
reconstruction mammaire le plus léger que lon puisse proposer à une patiente si
les conditions locales le permettent. Cette intervention nest pas aussi simple que
lon pourrait croire pour aboutir à un résultat acceptable. Elle permet
déviter une cicatrice de prélèvement autologue en-dehors de laire mammaire,
et présente une très faible morbidité immédiate.
Il nexiste pas de prothèse idéale. Tous les implants proposés
présentent des avantages et inconvénients propres. Le risque dune complication ne
peut être estimé que statistiquement pour une patiente donnée, ce qui est complètement
différent de son vécu lorsquelle survient.
Lélément primordial à bien faire comprendre à une patiente candidate à une
reconstruction par prothèse, est que cette reconstruction devra tôt ou tard être
reprise et sans quil soit possible de déterminer individuellement à quel délai.
Bibliographie
[1] NGUYEN M., LAIRY G., FLEURETTE F. - Les implants mammaires
remplis de gel de silicone. - ANDEM Ed. Paris, mai 1996,
96p.
[2] ANONYMOUS - The independent review group on silicone gel breast
implants. www.silicone-review.gov.uk. 14/07/98.
[3] COLEMAN D.J., FOO I.T., SHARPE D.T. - Textured or smooth implants
for breast augmentation? a prospective controlled trial. - Br. J.
Plast.
Surg. 1991, 44: 444-448.
[4] HAKELIUS L., OHLSEN L. - A clinical comparison of the tendancy
to
capsular contracture between smooth and textured gel-filled
silicone
mammary implants. - Plast. Reconstr. Surg. 1992, 90:247-254.
[5] FDA - BMS polyurethane-coated breast implant study shows
"negligible" cancer risk. -The Gray Sheet 21 (27), 3
juillet 1995.
[6] BENADIBA L. Complications des implants mammaires en
reconstruction du sein après cancer (Etude du Centre René
Huguenin). Thèse Médecine, Paris, octobre 1998.